Le pont

Étrange impression de suspens rassurant. Entre les lattes, un vide qui appelle sans attirer, qui suggère. Impression d’une échelle démesurée, silhouettes papillonnant à l’autre bout comme dansant, des bougies, les flammes. Drapeaux priant d’atteindre l’autre rive.

Un temps gagné à ne pas descendre, ne pas remonter. S’en faire un chemin tout droit, insensible, aérien. Voluptueux.

Et le pont – car il est pont, même si tant d’autres – se lance à ton assaut, et te prend et t’emmène, t’emporte au loin de tes pensées. Pont d’autrefois, pont de demain, fossé séparant l’avenir de tes jours, tu restes, suspendu, des heures interminables et formidables. Il rassure, le pont. T’empêche de délirer, assure des rêves solides et loyaux. En toute domination.

Jusqu’à voir le cheval.

Désespérant de l’imiter, tu regardes l’animal monté s’élancer au galop et franchir d’un vol la rivière, et la vallée, et l’abîme. Et comment fait-il, ce cavalier  pour obéir à ce point à son cheval ? Au point de ne jamais regarder sur les côtés, de ne pas craindre la vie, de ne pas s’étouffer. Oui, comment fait-il ?

Il fait comme ont fait avant lui les passeurs de montagne : il prend son souffle et avance sans démonter.

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