Moi, figé

Je me verse dans un moule, prêt à faire plus épaisse connaissance.

Mes molécules valsent d’un bord à l’autre, glissent le long des picots de métal, essayant par le sourire ou la flatterie de repousser la coquille. Mais, inéluctablement, la température descend. La pâte de moi commence à se poser, intérieur total, nuit noire et crémeuse qui me force à toucher le fond. Dans le moule, du moi qui se gélifie, pour voisins des soi-mêmes à profusion. Je me concentre dans un jus plus fort, je fabrique une huile dense qui développe une odeur de vieillissement contrôlé. La température est basse et le mouvement absent. Le moule est devenu une frontière lointaine qui ne concerne que mes extrémités défavorisées, celles que je vais oublier, espions des portes fermées, anciens bagnards, neurones indiscrets. La solidification de ma vie sera un bienfait : plus de fuite hors du corps, à la moindre inquiétude je me heurterai au moule, omniprésent dans le trouble et absent dans la paix. Contenu, je vivrai bien calé, un et cohérent dans la sensation rassurante d’être boule et non sphère, matière et non frontière, je serai, moule farci de moi-même, plein de sucs concentrés, en toute intimité.

Restera, pour dire, un petit tortillon à la surface, trace du versement, mon nombril tourbillon.

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