Le Château, la grille

Le château est une forteresse. il attire les esprits et ne les relâchent. Il prend les âmes et ne les libère. Le Château est une grande voie d’accès aux inconscients égarés qui risquent leur vie sans savoir.

Mais, visitons.

L’entrée est d’une grille. Lourde, en métal forgé, aux circonvolutions risibles si elles n’étaient si épaisses. Elles figurent le combat d’un tigre et d’une lionne stylisées dans les barreaux. Animaux qui font cage, pour dire. Les ébats sont violents, intenses, ils suintent du métal tordu comme des fourmis agressives qui descendraient en colonne de combattantes. Mais il ne faut craindre. La grille est du passé, elle ne vit au présent, ne peut empêcher F… d’entrer s’il le veut. S’il n’a peur et ose. Pourtant, elle intime qu’on s’arrête. Qu’on examine avec attention les mouvements tout en cercles rapides et larges du tigre, les réponses frontales et hautaines de la lionne. Pattes de fourbe contre griffes de fière. La grille fermée est un spectacle difficile à ignorer, qui reste longtemps dans les esprits et laisse l’impression d’une histoire achevée. De celle qu’on se raconte mais qui ne revit.

Porté par la furie qui s’échappe à grandes volutes du combat inscrit dans les fers, des détails ignorés peu à peu apparaissent. Un motif d’arbres, du décor de rocaille. Une voie, tracée derrière les combattants, qui semblent se diriger quelque part, au loin. C’est elle, la voie de F…, il doit la suivre. Passer par-dessus les corps qui s’affrontent, les deux félins puissants et royaux qui se cherchent et s’attrapent. Il doit trouver cette voie. F… est fasciné, ses yeux ne quittent le premier plan de la grille, ses oreilles recréent, il sonorise sans s’en rendre compte les ébats qu’il observe. Au point que la transparence de la grille s’efface, que ses zones ajourées se remplissent, et qu’une opacité nouvelle se pose devant lui.

F… laisse tomber ses bras le long de son corps. Il a peu d’énergie pour pousser la façade qui s’est imposée, présentant toutes les conditions de l’attente. La fin du combat paraît proche mais le métal l’a figé dans le temps juste avant, un temps qui ne permet qu’on se libère et qui impose l’immobilité. F… croise les bras, ses yeux demandeurs, ses oreilles implorantes ne se font entendre. Il croise les bras, soupire, puis s’assoit.

Devant la grille, l’herbe est tendre. La mousse, douce. L’odeur mycotique de la forêt autour lui infiltre les narines, légère et humide, agréable pourriture. Il inspire à grands poumons les émanations du sol, sent l’eau qui monte sur lui, petite goutte par petite goutte, l’eau du sol qui offre son élément vital. Chargée des projections félines, chargée de leur énergie, l’eau du sol au pied de la grille est un placenta extérieur qui enrobe F…. Il s’endort, croit-il, quelques instants de pure noirceur derrière les paupières qui masquent la scène se déroulant sous ses yeux. Profite de l’humidité nourricière, des champignons partenaires et du confort de la mousse, vital tapis préliminaire. Il croit, à l’ouverture, que le combat sera terminé. Mais la grille n’a bougé.

F… se lève. Campé face à la grille, il lui parle. Tu ne m’impressionnes, dit-il. Je suis décidé, dit-il. Je veux tout savoir, dit-il.

F… pousse la grille qui s’ouvre devant lui d’une lente et noble inclinaison.

Reste à franchir le pas.

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