Le Château, l’allée

L’allée, c’est le bruit. Le bruit des pas qui font crisser les graviers, les petits cailloux mêlés au sable, les petites pierres retenues par la terre. Les cris des frottements métalliques et minéraux qui scandent les pas de F….

Progression difficile.

L’allée, c’est le bruit. Le cri du vent doux et violent dans les feuilles des grands arbres qui la bordent. Les murmures s’amplifiant des multiplicités extérieures qui, au bout, se précisent.

L’allée est longue. De loin elle paraît simple, grande voie rectiligne encadrée par ses gardiens majestueux aux troncs épais, hautes branches et feuillages nourris. Elle paraît simple à qui jamais ne l’emprunte, à qui la verrait d’un oeil détaché, extérieur, abstrait. Elle paraît, cette allée, n’être qu’une transition, rien de plus à en dire que de quitter son début pour en atteindre la fin.

F… lutte contre les fausses évidences qui jalonnent l’allée. Il sait qu’elle trouble la vue, que les branches ne sont pas là pour l’aider à avancer, mais plutôt pour le saluer, de haut, de loin, en moquerie de grandes soeurs asservies. Elles sont là, trônant mais flottantes, dans le vent, dans l’air, filles de l’oxygène, marquant le chemin elles semblent dire de s’envoler comme elles, de flotter comme elles, et de partir. Pourtant elles aussi sont prisonnières, indignes rejetonnes balisant le chemin de ceux qui n’ont pas su s’échapper. La douleur a tracé une voie rectiligne et les branches la saluent.

F… avance, sourd au bruit des branchages sur sa tête. Déterminé. Impatient. Il veut s’extraire de l’allée sans fin, atteindre l’extrémité qui donne – mais il l’ignore – sur un autre enfermement. Différent, plus aéré, à l’image des branches ses sœurs. Plus ouvert, à l’image des prairies qui s’étendent de part et d’autre derrière les grands troncs. Un enfermement de qualité qui se précise peu à peu à mesure qu’il évolue vers le bout de l’allée accompagné par crissements, frottements, forts cris et atterrements. F… accélère, court, se met à rêver. A tout anticiper. Il bondit jusqu’au bout oubliant les conseils oubliant les déceptions les avertissements des aînées, des aînés, se rendant sans plus tarder à son futur présent, à l’enfermement différent qui a pour nom « vie ».

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