Le Château, le hall

Le vent qui traverse le hall est froid, et cingle. Il descend du grand escalier que F… aperçoit au fond, dans le noir, à l’autre bout du hall. Il s’enspirale autour du lustre ostentatoire et pauvrement éclairant suspendu au-dessus de la mosaïque qui tapisse l’entrée, l’agitant et faisant tinter ses breloques ridicules. Comme un petit rire au caractère faussement cristallin, comme le triste soprano d’une cantatrice enrouée. Le vent bouscule les pierreries lumineuses et donne au hall de l’entrée un caractère vivant. Désagréable et vivant. Insupportable aux oreilles de F…, mais vivant. Les sons discordants et compétitifs d’un comité d’accueil désorganisé, chacun tempête plus haut que l’autre pour dire comment être.

F… baisse les yeux. Au sol, la mosaïque figure des bêtes. Petites, acharnées, se fourmillant les unes sur les autres comme en protection du vent froid qui les décourage de s’envoler. Elles se tassent dans les carreaux de céramiques et nulle ne veut, semble-t-il, aller visiter la troisième dimension.

F… sourit. Il sait qu’il n’a plus le choix. Malgré le vent, malgré le froid, malgré les coups de fouet et les crissements qui déraillent du lustre qui pendouille, il n’a plus le choix. Il doit s’élever, ne plus se contenter de fouler le sol rassurant, ferme et habituel. Il lève les yeux, s’emplit les oreilles du murmure devenu vacarme de l’air qui cingle et s’engouffre. Il fait un pas, un autre, foule les petites bêtes dociles et passives de la mosaïque, ne s’y arrête pas. Il n’a pas le choix. Ses bras s’écartent de son corps, son menton se relève, ses épaules se carrent, il fait encore un pas, un autre, dépasse le grand cercle contenant la vie animale au sol, se pose.

Il a traversé le hall.

Face à lui une première marche. Intime. Caressante. Qui lui dit d’oublier le vent, de ne pas se brider au bruit des tempêtes. Qui dit qu’elle saura, s’il ose l’appui, le porter. F… regarde une dernière fois derrière lui. De l’autre côté du hall, la porte a disparu. Il regarde une dernière fois par terre. La mosaïque n’est plus. Alors, résolument, il se tourne vers la première marche, l’escalier, le courant d’air qui, semblant s’inverser, le pousse maintenant vers le haut.

F… fait le choix d’avancer.

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