Le Château, pendant ce temps

Dans l’œil cyclonique de la naissance, le calme est parfait. Le tourbillon, à l’arrêt. En étendant ses bras, F… pourrait toucher les parois de vent. Se retrouver emporté loin, puissamment, sans espoir de retour. Laisser le fil de sa vie à venir se débobiner dans les murs mouvants du souffle, sentir le cours de ses jours se dévider et voler, voler au loin. Mais dans le centre de l’œil, dans la pointe de la pupille, dans l’iris noir du cyclone, rien ne bouge. Le temps est arrêté. Le temps de la vie d’avant F…, le temps de la naissance pas encore, le temps d’avant qu’il existe. Le temps que rien ne veut changer.

F… écoute.

Dans le calme du cyclone interrompu, les murs parlent. Témoins de mille vies, les murs s’expriment de leurs voix caverneuses qui résonnent dans des fréquences peu communes, des basses fortes et lointaines à la fois. Les murs savent. Accrochés dans des cadres disparus aux traces à peine visibles – sous un certain angle, une certaine lumière, à certaines conditions – leurs vieilleries témoignent d’anciens disparus. De naissance passées, de qui furent et ne sont plus. Les murs savent et scandent un hymne répétitif qui encourage, fait vibrer, appelle les morts à la rescousse.

Les murs ont le pouvoir de vie sur les morts, et ils l’entendent. Alors, ils viennent. Se réveillent difficilement, s’ébrouent de leurs urnes, tombes, Gange ou Oliviers, se démêlent de leurs fosses communes. Se secouent, enlèvent la terre, le bois, le vent, les vers qui les ont couverts et sortent des murs en une lente procession qui vient dire « oui » à la vie. Rythmée du passé qu’ils composent comme un tableau de souvenirs, agrégat d’hologrammes effacés qui reprennent vie par impulsions et figurent des villes, une famille, un bateau, des traversées. Un livre. Des chants. Des fleurs qui défanent sous leurs rires silencieux. Des frères et des sœurs, des rejetés qui reviennent. Des vies effacées qui tournent autour des parois de vent. Une armoire à souvenirs où F… pourra piocher.

Pour F…, les morts sont sortis des murs et dansent une vie à venir. Décidé, il leur tend les bras.

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