Le Château, un couloir

La lumière est un fil tendu qui s’empare de F… lorsqu’il quitte la première chambre. La lumière l’embobine et les jambes de F… progressent sans faiblir, toutes à la tâche qui l’attend : prendre de l’assurance. Fondre sur son ombre. Avancer sans faillir. Des mots qui scandent les pas de F… qui grandit. S’épanche. S’étire de toute sa hauteur de toute sa largeur dans le couloir qui dessert… qui dessert…

Le couloir… que dessert-il ?

La longueur du couloir est difficile à appréhender. La luminosité qui explose à mesure que F… avance empêche d’en voir la fin. Ce qu’il sait, ce qu’il perçoit, c’est la translation d’une source lumineuse qui se déplace à mesure qu’il avance. F… est tiré par la source, ses joues, ses cheveux, ses mains sont attirées, elles ne lui appartiennent, plus, ses dents branlent dans leurs logements et s’avancent elles aussi. La lumière est magnétique. Impitoyable. Elle matérialise l’air dans une seule direction, lumière aveuglante qui masque les détails du couloir. Une porte, peut-être ? Une autre chambre ? Un tournant ? Un angle ? Un autre couloir ?

F… avance sans résister. S’approche de la fenêtre source de lumière. Ses mains se posent sur le verre. Ouvrir, et sentir la puissance de la source. F… s’appuie sur la fenêtre, il va l’ouvrir, et enfin savoir. Et la lumière tombe. Brutalement. Elle tombe comme au sol, dans un mouvement descendant, une chute de trou noir et devient obscurité.

F… ne voit plus que sa main. Imprimée dans la vitre, noircie avec la lumière disparue, elle est fondue dans le verre, prête à fossiliser. Le couloir est silencieux. Sombre maintenant. Seules vibrations, l’air autour qui berce. F… tire à lui son bras, sa main. Une froide pâte de verre le colle et s’étire, il empoche un fragment de la fenêtre fondue. Curieusement, rien ne le blesse. Ni le verre coupant, ni le verre fondu. Sa main est intacte.

F… regarde l’extérieur. L’allée est bien là, l’allée qu’il a remontée il y a longtemps déjà. Au bout de l’allée, la grille est bien là. Il ne se rappelle pas être passé par la grille, avoir remonté l’allée. Il se rappelle simplement le bruit de ses pas sur le perron de pierre, et la porte. La fenêtre assombrie lui rend sa main, dégage ses doigts des traces de verre qui s’accrochaient encore. F… se redresse. Attend quelques minutes. La lumière ne reviendra plus le chercher. Il fait demi-tour. Le couloir se révèle maintenant dans tout son clair-obscur : sa longueur, le plafond si haut qu’il paraît inaccessible. La porte de la première chambre, refermée, face à l’escalier qui arrive du hall. Juste après l’escalier, deux portes qui se font face-à-face. Au loin, tout au loin, une autre fenêtre. Une autre attraction. Une autre lumière.

F… remonte le couloir en direction du futur.

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