Au Château, petit dialogue impromptu

Qui es-tu ?

L’arpenteur.

Que fais-tu ?

Je mesure.

Pour qui travailles-tu ?

Je n’en sais rien.

Et que veux-tu ?

Vouloir, vouloir… toujours vouloir… est-ce que je sais, moi ? Ce que je veux… ce que j’aimerais, oui, voilà : j’aimerais savoir ce que l’on devient, savoir ce que l’on fait, après, de la peau qui recouvre notre rouge et qui nous protège. Savoir ce à quoi l’on destine nos organes quand ils ne sont plus en vie, savoir ce que l’on fait de mon sang qui bouillonnait, de l’oxygène qui fouettait mes cellules pour bander mes muscles, gonfler ma verge, aérer mon cerveau.

D’accord. Mais de moi, que veux-tu ?

De toi… oui, de toi, je voudrais me rouler dans la terre battue de cette basse-fosse et m’imprégner de ton corps. De ta chaleur. Me perdre en ton sein. Ne plus sentir l’extrême isolement. De toi je voudrais perler mes gouttes de sueur et te les étaler sur le corps avec le dos de la main. De toi je voudrais…

Stop ! Tu n’y es pas ! Tu ne me comprends pas. Tu ne me connais pas.

Non, Frieda. C’est ainsi. Je ne te connais pas.

Alors…

Alors… ?

Alors, cherche.

Frieda est partie, du moins, son ectoplasme, apparu brutalement à F. aux tréfonds de sa grotte et qui l’a réveillé d’un drôle de rêve où il mesurait sans espoir de conclure la longueur infinie des murs d’enceinte du Château, est parti. Restent, dans les poings serrés de F., quelques marques de son agitation, et une nouvelle détermination : retrouver les traces de Frieda.

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