Au Château, la folie

Le Château ne finit pas car il n’a jamais commencé.

Petite phrase qui tourmente F..

Le Château ne finira pas car il ne commencera jamais

Petite phrase qui pique et pointe entre les côtes de F..

F. a perçu toute l’étendue du Château, il a tracé ses lignes, exploré ses recoins, en a effectué plusieurs fois l’ascension. Géomètre, arpenteur, régisseur au service des grands et des puissants, il a développé sur ses plans détaillés des escaliers, reporté des murs et des portes, découvert des caches et des pièges. Le Château est couché sur un papier épais aux plis bien marqués, comme soulignés d’un ongle féroce, car F. est précis et son reportage se doit d’être exact.

Pourtant…

Pourtant…

Il manque…

Il manque…

F. refraine ces mots sans suite tandis qu’il s’échappe au grand jour. Retrouve la lumière dorée de l’extérieur. Le vent. Les bruissements asynchrones des feuillages dans l’allée. Dehors rien n’a changé. Le perron incrusté des mollusques. La perspective étirée de l’allée centrale. Au loin, la grille du combat. Derrière, la fin.

Rien n’a changé si ce n’est F. Il inspire à grandes goulées l’air, extatique, rasséréné. Ses poumons acquiescent, son nez revibre, il se sentirait presque libre de tourner le dos au Château et repartir en sifflant, mains dans les poches, pieds allégés, ventre comblé. Il hésite, fait un pas, pose un pied, puis l’autre sur la première marche du perron.

La porte lourde grince. Semblant l’appeler. F. croit entendre son nom derrière le crissement du bois noir, dans le courant d’air qui s’échappe de l’entrebâillement et l’entoure, spirale douce et ferme. L’air le retient en suspens alors qu’il ose une jambe vers la seconde marche. Le retient, puis l’attire. Son nom prononcé depuis l’intérieur ne fait plus de doute maintenant.

Et derrière son nom une suite de mots qui se placent, désordonnés, pour finir en une phrase : il manque une union.

Oui, le Château ne finira pas car il manque une union.

Petite phrase sans importance.

F. est sorti de la basse-fosse vertigineuse et ne peut repartir comme il était venu, seul, ignorant.

La voix de Frieda recouvre les grondements sifflements et bruissements qui le distrayaient et précise : tu dois trouver à t’unir ici.

Tu le dois.

Alors F. rentre à l’intérieur retrouver le hall l’escalier le couloir les chambres et le reste. À la recherche d’un endroit où s’installer. Et puis s’unir.

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