Le Château, un mariage

Le mot « s’unir » a traversé les circonvolutions du cerveau de F.. S’est perdu. A rebondi de neurone en neurone en suivant les synapses éclairant dans une intention particulière un chemin sous le crâne qui maintenant ressemble à une carte. La carte du mariage de F., ou du moins de son union permanente avec celles du Château. Les femmes, ombres ou spectres, chair ou squelettes rencontrées depuis son entrée. Elles sont autour de lui dans le hall et il entend leurs injonctions. Leurs demandes. Leurs plaintes. Tandis que son nom retentit au-dessus, par-delà, loin, là-haut. Son nom s’est teinté de l’espoir d’accoupler.

Mais avec qui ?

Frieda a disparu d’un au revoir définitif, ne laissant pas de place pour un recommencement. F. n’est pas déçu de sa disparition. Il n’attendait rien de Frieda, ayant vu dans ses yeux intenses qu’elle était d’une génération autre, ancienne, passée. F. cherche son union dans le tumulte acoustique qui l’entoure, et décèle une voix. Une voix au timbre percutant et rauque à la fois, voix multivoque qui chante, parle et crie dans le même souffle. Une telle voix, sûrement, saura lui insuffler ce qui manque à sa vie incomplète. La voix domine au-dessus des amies impuissantes et des futures abandonnées, au-dessus de l’accumulation qui s’efface et gémit. Elle perce, plane et pointe du haut des notes qu’elle émet en direction de F. qui la suit. S’envole dans le hall sans escalier pour le soutenir, sans marche ni assise ni aucune aide d’aucune sorte, ses pieds forts battent l’air et il plonge vers le haut. Montant dans la cage il suit la voix qui le guide de ses petits cris brefs et saccades, jappements joyeux qui le tractent vers le haut. Vers l’union, oui, vers l’union, tout là-haut, dans l’air. Presque arrivé au sommet, la tête sur le point de cogner, F. s’arrête net dans un équilibre novice et impromptu. Dans son nouveau monde, l’attraction de la voix équilibre celle de la terre.

Quelques instants, ainsi, F. reste flottant, entre deux airs, attendant.

La voix d’Olga – oui, c’est d’Olga qu’il s’agit – rit une note longue modulée de petites vibrations et variations, mais F. reconnaît qu’il s’agit d’une même note. Une note qui dit exactement une histoire. Une seule histoire.

L’histoire de la rencontre avec Olga, aérienne.

Oui, F. va s’unir à Olga.

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