Le Château, une noce

Comme il est dit : tu prendras homme, et femme te prendra.

Comme il est dit : sous le dais de l’union tu verras l’homme, et femme te verra.

Comme il est dit de manières variées, toujours circulaires, jamais renseignées, l’obligation de la noce.

F. a posé la main sur son menton, l’enserrant il se regarde dans les mosaïques réfléchissantes du hall, il lève les yeux pour croiser son ombre projetée sur les murs de la cage d’escalier, il tend l’oreille pour entendre son souffle réverbéré partout autour de lui, comme un bruyant cyclone.

Comme il est dit : tu trouveras, ici, raison de rester.

Comme il est dit : tu trouveras, ici, l’obscurité de la chambre à s’unir.

F. s’ébroue. Secoue ses épaules. redresse le torse. Se tient bien droit et pivote lentement autour de lui-même, comme à la parade. Dans son champ de vision se trouvent des femmes multiples. Certaines vivantes, d’autres suggérées, d’autres encore, évanescentes. Elles ont en commun des yeux qui le cherchent. Le jaugent. Le soupèsent. L’inquisitent. Des yeux qui estiment son intérêt, le cas qu’elles feraient d’un F., la possibilité d’une union. L’impossibilité.

Des yeux verts le percent, il s’arrête sur eux. Les partage. Ils le fixent. L’invitent à retenir son souffle le temps que s’exhale le parfum qui les anime. Des yeux verts aux cheveux roux qui se prénomment Olga. Leur seule histoire est née d’une rencontre fortuite, de l’échec d’une entrée, de la conquête impossible. Leur seule histoire est forte de la réalité de F. au pied des murs du Château, de la contrition d’Olga, des arrêtés nocturnes qui empêchent toute évasion.

Comme il est dit : tu trouveras homme, et femme te trouvera, et unis vous resterez aux nuages de la vie.

Comme il est dit : jamais homme ne perdra, jamais femme ne perdra, jamais l’union ne défera. Car elle est universelle et pérenne.

Olga avance et de ses pas repousse loin toutes les silhouettes des possibles féminines qui gravitaient, tous les souffles odorants et parfums étrangers qui empiétaient. Elle s’avance vers F. qui, centré, ne bouge plus, et attend.

La noce peut commencer.

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