Le Château, si Olga…

F. aurait pu s’arrêter là. Recevoir Olga en offrande, poser son train de pensées sur les dalles de l’entrée, ou bien se reposer dans une des chambres et convenir avec Olga de la chance qu’il avait. Il aurait pu s’en tenir là, festoyer, célébrer, glorifier le corps et l’esprit dans l’union. Oui. F. aurait pu se tenir là.

Mais, si Olga…

Ou alors, il aurait pu devenir maître du Château sans autre forme de procès, se métamorphoser en maître absolu, tout en haut, il aurait pu mélanger tous les souvenirs des écrits qui restaient enfouis en sa mémoire et d’eux, faire une forme d’invitation à la paix.

Mais, si Olga…

F. aurait pu inviter ses précédents aux noces célébrées à la va-vite, en urgence de prendre une place, en impatience de ne pas rester seul au Château mais au contraire, de partager. F. aurait pu creuser les murs, entrouvrir des passages, enfoncer des béances, il aurait pu trouer le Château et s’en faire le dompteur.

Mais, si Olga…

Car F. n’a pas su résister. Fasciné par la beauté, impressionné par les cheveux roux aux yeux verts, étranglé de pression par les mains aux longs doigts fins et forts qui le prennent en gorge et le canalisent. F. n’a pas su résister. Il n’a pas, F., pu transformer le Château en vulgaire maison pour y habiter. Il a regardé Olga et a vu en elle, une châtelaine d’exception, une puissante seigneure qui méritait d’investir le Château, non de le détruire.

Mais, si Olga…

Oui, si Olga l’avait voulu, elle l’aurait convaincu de poser les murs à terre, de pousser les murailles au loin, de fondre la grille en une boule informe de métal brûlant qui refroidissant aurait roulé le long de la colline jusqu’à se perdre au fond de la rivière. Elle l’aurait convaincu de brûler la porte, moudre le perron jusqu’à ce qu’il redevienne sable qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être. Elle l’aurait convaincu d’inonder les caves, de faire tomber les verrières, de ne pas garder, oui, même, de ne rien garder, de tout jeter, et que rien ne subsiste du passé du Château.

Mais, si Olga…

Si Olga avait, mais elle n’a pas. Si Olga voulait, mais elle ne pas. Si Olga, mais F. n’a.

Mais, si Olga…

F. déambule dans son Château au bras d’Olga, parcourant toute l’étendue de leur demeure sans en perdre une syllabe. Car il a épousé, elle est demeurée, ils sont devenus les maîtres du Château.

La petite vrille qui taraude le coeur de F. n’en finit pas de tourner à vide.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s