L’aura des mots morts

Écrire comme on peint. Des couches et des couches de mots qui se mêlent, s’imbriquent et se superposent. Qu’à la fin on ne voie que le tout dernier, un simple mot, mais riche. Coloré. Imprégné de tous ceux qu’il aura effacés. En lui, l’aura des mots morts persiste longtemps.

Pages blanches

Une histoire d’un nouveau monde s’est écrite sur du blanc A partir de rien Imaginaire invention Toute histoire est permise Toute histoire est voulue Tout passé aboli Tout passé est tu Grandes villes d’un nouveau monde Emblématiques imposées D’avant, rien ne subsiste ? Traces et reliefs Ossements et archéologies Vestiges pétrifiés vies fossilisées Mais d’avant, […]

Se dire ce qu’on se doit

Se dire ce qu’on se doit Se le voir se le redire A chaque fois se l’avouer Ne pas oublier l’emprunt dérobé la phrase chopée la métaphore virale La phrase rigolée qui se prend au sérieux Se dire ce qu’on se doit et rester en harmonie à la terre aux humains aux paroles d’un soir […]

Le Château, de l’intérieur

Des murs se sont élevés contre une naissance peu amène. Basse, à condition, sans terre, de nature. Une naissance à la vie comme un souffle dans le vent. Une naissance qui ne donne pas d’assurance. Les murs du Château sont des briques de rêve entassées pour résister. Solides et inquiétantes. L’illusion d’ouverture que donnent la […]

Est-ce elle ?

Est-ce elle, une ombre sous le bras qui détoure son œil, qui file à grands traits et fabule en festin ? Est-ce elle, est-ce bien elle, qui voltige sans trembler son corps sur la terre qui l’arpente à grands pas à grands rires à grand jouir ? Est-ce elle dont le rire en vague indélébile […]

L’après-coup

On se dit plus jamais On se dit jamais plus On se dit on se dit comment aurais-je pu ? Alors on change Trop tard mais on change On se dit que peut-être le temps repartira le passé se reproduira l’occasion se représentera de ne pas de ne plus d’éviter de faire mieux Ubris destinée […]

Les craquements, les ossements

Les craquements de tes os présage d’ossements Douleurs insidieuses articulatoires et sévères infiltrées entre joints Crissements de cartilages aux oreilles saturées d’acouphènes importuns Le corps est là oui le corps est bien là S’impose et ne laisse Ne s’oublie et se rappelle A toi bien à toi à cris répétés et bruyants

Rire, subir, haïr

(Sur une chorégraphie de Pina Bausch) Les danseuses de Barbe bleue ne connaissent que trois modes : subir la violence. Rire pour détourner. Et haïr. Les danseuses de Barbe bleue prisonnières d’un triptyque éclatent à l’infini dans leur maigre partition. Leurs rires sont légions, ils percent les tympans. Les brutalités sans répit des viols répétés […]

Le bus 

Le lent défilé des rochers à la vitre La rocaille monotone qui assiège la vision Le temps qui s’écoule se dépose grain à grain dans la lenteur sablière du voyage de retour Quand soudain Trépidation Accélération Le regard se déporte et quitte l’extérieur Le regard se replace Passagère voisinée de jeunesse inspirante Sa blondeur attirante […]